La semaine passée, je m’étais intéressé au désengouement des internautes pour le Minitel depuis 2004, les marques d’intérêt n’étaient que très ponctuelles et provenaient d’une forte présence dans les médias (voir Le Minitel ne fait plus rêver mais plus du tout). Cette semaine, je m’intéresse à la présence du Minitel dans les ouvrages de langue française, à partir des données Google Ngram. J’avais déjà mobilisé ces données pour étudier et comparer les différentes trajectoires de diffusion des révolutions technologiques au cours du temps (voir Communications, informations et technologies). Mais c’était non seulement en langue anglaise mais surtout à partir des graphiques proposées par Google. Cette fois-ci, j’ai récupéré et indexé les tables pour la langue française (le 1-gram dans le jargon). Ce corpus est composé de 389 857 livres sur la période allant de 1536 à 2008 avec presque 150 millions d’occurrences et quasiment 2 millions de mots (aux orthographes différentes).
Le nombre de fois, de pages et de livres où le Minitel est présent !
Cette courbe compare la diffusion du Minitel en fonction du nombre de fois, de pages et de livres où il est présent. Les trois courbes de diffusion ayant une forme quasi-identique, je me focalise sur celle du nombre de livres où le Minitel est présent. Le Minitel apparaît pour la première fois en 1982 dans les livres, l’année même de sa mise en service en France après les différentes expérimentations menées. L’intérêt n’a alors de cesse de croître au cours des années 1980, décennie où le Minitel se diffuse fortement au sein de la population française, ainsi qu’au cours des années 1990, lesquelles marquent le développement de l’informatique personnelle et l’arrivée de l’Internet. Le tournant du millénaire marque une présence maximale au sein des livres, avant d’entrer dans une phase de désintérêt croissant au cours des années 2000, moment où le désengouement des usagers pour le Minitel est important et où l’Internet gagne le coeur des usagers au quotidien. Pour l’année 2008, l’intérêt porté revient à son niveau de 1987, vingt ans en arrière. Cette courbe de diffusion s’avère très proche de la réalité et des préoccupations des trente dernières années autour du Minitel.
Le nombre relatif de fois, de pages et de livres où le Minitel est présent !
Cette courbe prend en compte tous les sujets d’intérêt autres que le Minitel en rapportant les valeurs précédentes au valeurs pour tout le corpus. Là encore, les trois courbes ont des trajectoires très similaires, je me contente alors du nombre relatif de livres au sein desquels le Minitel apparaît. Les trois décennies apparaissent alors très nettement séparées. L’intérêt de la décennie 1980 et le désintérêt de la décennie 2000 sont pleinement confirmées. Par contre, les années 1990 diffèrent par une certaine stabilité de l’intérêt relatif porté au Minitel, suggérant alors que le nombre de livres plus important sur le sujet va également de pair avec un nombre de livres plus important abordant d’autres sujets. Autrement dit, l’intérêt porté au Minitel n’est que relatif. Encore une fois, cela colle plutôt bien avec la présence croissante de sujets autour des technologies de l’information et des communications, ou encore avec le succès maximal du Minitel atteint lors de la première moitié de cette décennie, la seconde faisant place à de nombreux débats par rapport à l’Internet.
En conclusion, même si les ouvrages abordant le Minitel sont probablement beaucoup plus universitaires que littéraires, les courbes précédentes retranscrivent plutôt bien l’évolution du Minitel en termes de diffusion au sein de la population ainsi qu’en termes de préoccupations des élites ou encore de concurrences technologiques. Elles permettent également de compenser (partiellement) l’absence de données homogènes disponibles sur le sujet.
Pourquoi j’en parle ? Pour illustrer les billets de Morgane sur le Minitel. D’autres suivront peut-être.






